Nos villes sont dessinées pour l'adulte actif et pressé des heures de pointe.
La ville contemporaine a été conçue pour un adulte, en bonne santé, qui traverse l'espace public pour aller travailler. Les largeurs de voie, les temps de feu, les revêtements, le mobilier, la signalétique : presque tout est calibré sur son pas, sa vitesse, sa taille, ses horaires.
Or la majorité des personnes présentes dans l'espace public un mardi à 15 h ne sont pas des actifs pressés. Ce sont des enfants qui rentrent de l'école, des parents avec une poussette, des adolescents qui cherchent un endroit où se poser sans consommer, des personnes âgées qui font une course en deux étapes parce qu'il faut pouvoir s'asseoir entre les deux.
Ces usagers-là ne réclament rien. Ils s'adaptent, ou ils renoncent. Le renoncement ne se voit pas dans les comptages : un enfant qu'on ne laisse plus sortir seul n'apparaît dans aucune statistique de fréquentation.
