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La ville intergénérationnelle

La ville contemporaine a été conçue autour d'une figure unique : l'adulte en âge de travailler, en bonne santé, qui traverse l'espace public pour aller ailleurs. Les largeurs de voie, les temps de feu, les revêtements, le mobilier, la signalétique : presque tout est calibré sur son pas, sa vitesse, sa taille, ses horaires.

Or la majorité des personnes présentes dans l'espace public un mardi à 15 h ne sont pas des actifs pressés. Ce sont des enfants qui rentrent de l'école, des parents avec une poussette, des adolescents qui cherchent un endroit où se poser sans consommer, des personnes âgées qui font une course en deux étapes parce qu'il faut pouvoir s'asseoir entre les deux.

Ces usagers-là ne réclament rien. Ils s'adaptent, ou ils renoncent. Le renoncement ne se voit pas dans les comptages : un enfant qu'on ne laisse plus sortir seul n'apparaît dans aucune statistique de fréquentation.

Penser la ville pour toutes les générations, à toute heure.

Concevoir pour tous les âges, ce n'est pas ajouter une aire de jeux et des bancs. C'est changer le décor complet. Nous dessinons l'espace public à partir de ceux qui y passent le plus de temps et qui ont le moins de moyens d'en partir : ceux qui ne conduisent pas, ceux qui marchent lentement, ceux qui n'ont pas de bureau où se réfugier.

C'est aussi penser les heures creuses. Une place n'existe pas seulement entre 8 h et 9 h. Elle existe à 10 h quand un parent en congé parental y fait une pause, à 15 h quand les enfants sortent de l'école, à 17 h quand les adolescents s'installent, à 21 h en été quand il fait enfin assez frais pour sortir. Un projet qui ne fonctionne qu'aux heures de pointe est un projet à moitié fini.

La cour d'école est un début.

On résume souvent la ville des enfants à la cour d'école. C'est une erreur de périmètre. Une cour rénovée derrière un portail fermé, au bout d'une rue qu'aucun enfant ne peut remonter seul, ne change presque rien. Ce qui change tout, c'est le trajet, le trottoir, la traversée, la place où l'on s'arrête, le talus où l'on joue, l'arrêt de car, le chemin creux.

Notre périmètre est constitué de l'ensemble des espaces qui accueillent du public : les rues et les places, les parvis d'équipements, les parcs et les berges, les entrées de ville et les zones commerciales, les pôles d'échange et les gares, les cours d'immeubles et les espaces privés ouverts au public.

Et tous les territoires. En milieu rural, la question n'est pas moins vive : elle est différente. Un bourg où la route départementale traverse la place, où le car scolaire s'arrête sans abri, où les 400 mètres entre la maison et le terrain de sport sont sans trottoir, produit exactement la même dépendance à la voiture des parents. La campagne n'est pas spontanément praticable : elle se dessine aussi.

Une méthode

L'attention aux âges reste un discours tant qu'elle n'est pas mesurable. 

Nous l'avons donc outillée : des tests simples pour arbitrer en réunion, des indicateurs pour objectiver un diagnostic, une grille pour évaluer un projet avant et après travaux.

 

Le test de l'enfant de 8 ans et de la personne de 80 ans

Deux questions posées à chaque étape du projet, du plan-guide au calepinage.
- Un enfant de 8 ans peut-il s'y rendre seul ? 
- Une personne de 80 ans peut-elle s'y asseoir, s'y abriter, y rester ?

Si la réponse est non, le projet n'est pas fini. C'est un test volontairement rustique : il se pose en comité de pilotage, il tranche, et personne n'a besoin d'un rapport pour le comprendre.

Le Rayon d'Autonomie Enfant (RAE)

Notre indicateur signature. Il mesure la distance qu'un enfant peut parcourir seul depuis chez lui, en tenant compte des traversées, des vitesses, des continuités et de la visibilité réelle.

Cartographié à l'échelle d'un quartier ou d'un bourg, il rend visible ce qui ne se voyait pas : les îlots d'autonomie, les coupures, et les rues où tout se bloque.

 

La grille d'évaluation

Vingt et un critères répartis sur nos trois entrées de projet — les flux, les usages, le climat. 

Elle sert trois fois : au diagnostic, pour objectiver l'existant ; à la conception, pour arbitrer entre scénarios ; après travaux, pour vérifier que ce qui était promis fonctionne vraiment.

Les enfants ne sont pas un public à consulter, ce sont des experts d'usage.

Un enfant de 9 ans connaît sa rue mieux que n'importe quel diagnostic : où l'on court, où l'on ne passe pas, où ça sent mauvais, où l'on se cache, où la voiture surgit. Encore faut-il des formats qui permettent de le dire autrement qu'en remplissant un questionnaire.

Nous concevons donc nos propres outils : marches sensibles, cartes à dessiner, maquettes manipulables, jeux de rôles. Ce que les enfants produisent n'est pas décoratif. C'est versé au projet, tracé dans les plans, et rendu aux élus. 

Nos différents formats :

→ Ateliers en classe et hors les murs
→ Marches sensibles et relevés à hauteur d'enfant
→ Atelier avec les opérateurs (promoteurs, aménageurs, collectivités…) 
→ Conférences et formations
→ Jeu de société 

Nous avons créé notre propre jeu de société. 
Autour d'un plateau, chacun défend une place, un usage, une contrainte : l'arbre contre la place de stationnement, l'ombre contre le délai, le jeu libre contre la règle de sécurité. En une heure, un groupe d'enfants comme un comité de pilotage comprend ce qu'est un arbitrage d'espace public — et pourquoi « chaque m² compte » n'est pas qu'un slogan.

Ateliers, conférences 

Nous intervenons régulièrement auprès de différents publics (acteurs de la fabrique de la ville, élus, comités de directions, grand public...) pour les sensibiliser à la ville intergénérationnelle et plus globalement aux grandes thématiques de la ville de demain. 

Quelques exemples : 

  • Atelier Ville Hybride — conférence "Quelle ville aux enfants voulons-nous ?" et animation d'ateliers pluridisciplinaires s'appuyant sur un jeu de société et questionnant l'autonomie de l'enfant en ville - Sept 2025
  • CAUE 92 — ateliers "Mon appartement, ma famille et moi" visant à sensibiliser les enfants à l’impact des choix d’aménagement sur leur confort quotidien et celui de leur famille. Ces ateliers sont proposés dans le cadre de l'exposition "L'appartement - architectures du collectif" en avril-juin 2026. 
  • Évron (53) — ateliers de co-construction menés avec les élèves et le personnel éducatif dans le cadre du projet de cours Oasis de l'école Jean Monnet à Evron. 
  • Icade Promotion - keynote "La ville de demain" pendant le séminaire d'Icade Promotion en juillet 2025.
  • Aéroports de Paris - Intervention en Comex, "Les enjeux écologiques et sociaux de l'aménagement des espaces publics"  -  mai 2025

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